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En quinze
ans, l'appellation de notre pratique de suivi communautaire
à Pech a subi, à la hauteur des mots, nombre de soubresauts.
De l'encadrement clinique à la gestion de cas, du
case-management au suivi communautaire, notre dernière
mutation nous pousse vers le modèle de soutien communautaire
axé sur les forces (strengths model).
Adaptée
au contexte culturel québécois, notre pratique
d'intervention de soutien communautaire consiste à aider les
femmes et les hommes de dix-huit ans et plus, judiciarisés
ou susceptibles d'être judiciarisés, afin que ces personnes
trouvent une réponse personnelle à l'ensemble de leurs
besoins et qu'elles redécouvrent un pouvoir d'action dans
toutes les sphères de leur vie. La finalité du soutien
communautaire de Pech vise à soutenir les capacités de
changement des personnes vivant des problématiques multiples
(santé mentale, judiciarisation, toxicomanie, instabilité
résidentielle) dans un processus significatif d'intégration
dans la communauté et d'amélioration de leurs conditions de
vie.
Au niveau
théorique, la plus grande pureté de Pech réside dans son
impureté ! Modèle d'intervention hybride, Pech emprunte son
cadre théorique au début des années 90 au modèle de
case-management issu de la réadaptation (Stein et Test)
ainsi qu'au « Training in Community Living », de Farkas,
Engstrom et Brooks
Sur le terrain de la proaction, Pech s'inspire d'une
pratique de soutien communautaire fondée sur
l'autodétermination et le pouvoir d'agir de la personne
expérimentée à Burlington au Vermont;
cette pratique est basée sur l'idée centrale que le choix
exprimé par l'utilisateur est la clé de toute décision et
que le soutien de cette habileté sociale est au coeur du
rétablissement de la personne. En fait, la pratique de la
réadaptation psychosociale se déplace dans les lieux où la
personne évolue, et utilise des situations réelles en
communauté afin de réaliser des tâches d'entraînement aux
habiletés sociales en milieu naturel.Par ailleurs, du programme
« The Bridge » de Chicago, inspiré du modèle Pact (Program
of Assertive Community Treatment), nous avons retenu
l'intervention dans un contexte de crise.
Des
services, une pratique, une identité
Issue du
mouvement progressiste québécois des pratiques
communautaires alternatives en santé mentale et du mouvement
progressif de la réadaptation de la côte Est des Etats-Unis,
la pratique de Pech, dans tous ses volets de services, a un
commun dénominateur, une formule générique. Elle repose sur
le développement de l'autonomie des personnes : l'activation
du sens à la vie, la participation sociale, la défense des
droits sociaux des personnes et le fait de considérer
celles-ci comme des citoyens à part entière.
À Pech,
nous favorisons et supportons l'appropriation du pouvoir
d'agir des personnes tant sur le plan psychologique et
individuel que sur le plan social et collectif.
Le soutien
communautaire de Pech mise sur le volontariat de la
personne, le support au développement de l'autonomie et des
apprentissages, la défense de ses droits sociaux et le
développement de sa citoyenneté.
De la
pratique de suivi communautaire au modèle de soutien
communautaire axé sur les forces des personnes
Afin de
faire un pas de développement supplémentaire dans le sens
d'une pratique axée sur le rétablissement des personnes, les
équipes de Pech ont été formées au modèle de soutien
communautaire axé sur les forces des personnes (Strengths
model) afin que les pratiques de Pech collent aux
ingrédients actifs du rétablissement.
L'AGIR en santé mentale a
traduit un manuel de formation de l'Université du Kansas
dans le but de faciliter la transmission pédagogique de ce
modèle. Cette formation, d'une durée de quatre jours, a été
donnée aux intervenants de Pech par l'équipe de formateurs
de Pech à l'automne 2005, et, par la suite, à d'autres
partenaires du milieu communautaire.
L'approche
axée sur les forces des individus
L'approche
axée sur les forces va de pair avec le rétablissement. Le
modèle de soutien communautaire axé sur les forces des
individus a été mis au point par Ronna Chamberlain à
l'Université du Kansas, aux États-Unis. D'abord utilisé avec
des personnes ayant des troubles mentaux graves, il a aussi
été adapté à d'autres populations, dont les personnes âgées
et les enfants. Ce modèle a été développé et systématisé
dans les années 1980 par Charles A. Rapp et d'autres
collègues de l'Université du Kansas.
Une
formation a été développée pour les praticiens de la santé
mentale et donnée partout au Kansas, dans 40 états des
É.-U., en Grande-Bretagne, en Irlande et en Australie. Une
mise à jour a récemment été entreprise ajoutant à cette
formation plus de contenu relié au rétablissement. Le
personnel de l'École de service social de l'Université du
Kansas est maintenant partenaire avec des personnes
utilisatrices pour présenter cette formation au
Kansas et à travers le pays.
Principe no 1
Le soutien est centré sur les
forces, les intérêts de l'individu plutôt que sur le
diagnostic.
La pratique
est orientée vers une appréciation des talents, des
intérêts, des aspirations et des désirs de l'individu plutôt
que viser une liste de ses déficits (asocial, résistance au
traitement, etc.). Le caractère unique de l'individu, ce
qui le distingue des autres personnes partageant un même
diagnostic, est reconnu. On donne la priorité aux
aspirations des personnes, plutôt que de considérer leurs
actions sous l'angle de leur maladie, sur laquelle elles
exercent peu de contrôle. C'est ce qui alimente le processus
d'aide plutôt que les faiblesses et la pathologie de
l'individu.
Principe no 2
Les individus possèdent la
capacité inhérente d'apprendre, de grandir et de changer.
Ce principe
souligne l'importance pour les personnes souffrant de
troubles mentaux graves de ne pas perdre espoir malgré leur
diagnostic. Les personnes accompagnées mentionnent
l'importance qu'elles accordent au fait de sentir que
l'intervenant croit en leurs possibilités. Le seul fait de
croire à la possibilité de changement permet d'éliminer bien
des obstacles, travailler avec les personnes et de gérer des
risques.
Principe no 3
L'utilisateur est le maître
d''uvre de la relation d'aide.
Un constat
émerge : les personnes souffrant de troubles mentaux graves
prennent des décisions à chaque jour de leur vie. Il est
donc de la responsabilité des professionnels de la santé
mentale de les aider à réaliser leur capacité à prendre des
décisions améliorant leur santé ainsi que leur satisfaction
personnelle. Il s'agit d'éviter de diriger le cours de la
vie des utilisateurs à leur place.
Principe no 4
La relation
utilisateur/intervenant devient un facteur essentiel du
processus de soutien.
Au départ,
il est possible que l'utilisateur doute des intentions de
l'intervenant, qu'il se méfie. D'où l'importance de
l'établissement d'un lien de confiance et de l'engagement
dans la relation. Certaines études sur la perception des
utilisateurs font ressortir l'importance des qualités
humaines de l'intervenant plus que ses compétences
techniques. De leur point de vue, l'intervenant idéal est
chaleureux, tolérant, compréhensif, impliqué, naturel,
authentique, compétent, objectif. Il ose parler de lui-même
avec l'utilisateur.
Principe
no 5
Le mode
d'intervention privilégié est l'accompagnement des
utilisateurs dans des contextes de la vie en société.
Ceci
découle de la nécessité de fournir des services axés sur les
besoins des utilisateurs plutôt que sur des programmes axés
sur les services. On encourage l'intervenant à chercher
continuellement des occasions de passer du temps avec
l'utilisateur dans la communauté plutôt que dans un bureau.
Celles-ci doivent être liées aux besoins exprimés par
l'utilisateur, par exemple, lorsqu'il s'agit de trouver un
logement ou des meubles pour son appartement. Ceci permet à
l'intervenant de mieux connaître les ressources existant
dans la communauté et de mieux comprendre le contexte de vie
de l'utilisateur qu'il ne l'aurait fait en le rencontrant
toujours au bureau.
Principe no
6
La
communauté est une oasis de collaborateurs potentiels au
processus de soutien.
Lorsque
l'environnement immédiat de l'utilisateur, qui inclut
souvent la famille, est vu comme hostile, et parfois même «
toxique », il est préférable d'éviter d'intervenir dans ce
milieu. Dans le modèle de soutien communautaire axé sur les
forces des individus, la communauté au sens large est vue
comme une source potentielle non exploitée de possibilités.
L'intervenant peut influencer des personnes-ressources
(employeurs potentiels, propriétaires, etc.) qui peuvent
aider et, en retour, profiter elles-mêmes du fait d'avoir
offert une occasion à des personnes ayant des problèmes de
santé mentale.
Évaluation
du programme de soutien communautaire de Pech
Nous avons demandé à Monsieur
Steve Paquet, professionnel de recherche au CSSS de la
Vieille-Capitale et doctorant en sociologie, d'effectuer une
évaluation du programme de soutien communautaire de Pech.
Cette
recherche exploratoire avait pour but de mieux saisir le
rôle joué par Pech dans le processus de rétablissement des
personnes ayant utilisé les services de l'organisme. Deux
dimensions de ce processus ont été explorées avec plus
d'attention : 1) la capacité des personnes à exercer des
rôles sociaux et à s'insérer socialement; 2) l'amélioration
de l'état de santé (autant physique que mentale) des
utilisateurs.
Pour
couvrir ces deux dimensions, différents « indicateurs » ont
été utilisés, parmi lesquels nous retrouvons : la
participation à des activités sociales, la capacité à
développer et à maintenir des relations significatives avec
un réseau de proches (amis, voisins, famille, etc.),
l'insertion à l'emploi ou dans des activités de bénévolat,
le nombre d'hospitalisations, le contrôle des symptômes
associés à la maladie, les démêlés avec la justice, etc.
Passer
de la réinsertion sociale à la participation sociale
Rapidement
au cours des entrevues, la question du « lien » (de la
relation) créé entre les intervenants et les utilisateurs
s'est révélée occuper, pour ces derniers, une place toute
particulière dans leur trajectoire et leur parcours de vie.
C'est à partir de ce lien à l'autre, de ce rapport
significatif entretenu avec leur intervenant, que bien des
utilisateurs ont parlé de ce qui les a menés à retrouver un
état de mieux-être, l'espoir de vivre, de participer à la
vie sociale, en somme, de se rétablir.
Plutôt que
de considérer la réinsertion sociale d'un utilisateur comme
une finalité absolue, nous considérons à Pech que l'élément
clé du rétablissement est l'inclusion ou la participation
sociale, ultime antidote à la désaffiliation sociale.
Test, M.A.,
Stein L.L. (1980) Alternative to Mental Hospital
Treatment: III. Social Cost, Archives of General
Psychjatry 37: 409-412.
Engstrom,
K., Brooks, E..B. et all (1990). Creating
Community Linkages: A Guide to Assertive Outreach
for Homeless Persons with Severe Mental Illness,
Chicago, Thresholds Inc., Traduit et adapté du
manuel pour intervenants du programme THE BRIDGE par
V. Jobidon pour l'Association Québécoise pour la
Réadaptation Psychosociale (AQRP)
Curtis,
L.C., Tanzman, B.H. et all (1992). Orientation
Manuel for Local Level, Supported Housing Staff. The
Center for Community Change through Housing and
Support, Burlington, Vermont.
Ibid
2
Carlson, L., McDiarmid, D. et Rapp C.A..
(1998). Instructor's Manual
The Strengths Model, Case Management with People
Suffering from Severe and Persistent Mental Illness,
Oxford University Press.
Paquet, S. (2006). Du rapport à l'autre au
mieux-être de soi : pour une idée du rôle actif des
intervenants de Pech dans le processus de
rétablissement des personnes, Pech.
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